Digital Identity · Synthèse citoyenne · EU

eIDAS 2.0

Impact sur les libertés : élevé Avancement : Regulation adopted in 2024; member states implementing wallets, deadline 2026. Mise à jour : October 12, 2026 Lecture : 2 min

1C'est quoi ?

eIDAS 2.0 constitue la refonte la plus ambitieuse jamais entreprise des règles européennes en matière d'identité numérique. Son pivot central : un portefeuille d'identité numérique européen (EUDI Wallet) que chaque État membre devra proposer à ses citoyens d'ici 2026. Installé sur smartphone, ce portefeuille regroupera l'identité légale, le permis de conduire, les diplômes, les données médicales et d'autres justificatifs officiels sous forme numérique. Conçu pour fonctionner dans les 27 pays de l'Union, il permettra à chaque citoyen de s'identifier en ligne comme en présentiel, sans dépendre de plateformes commerciales telles que Google ou Facebook. Point crucial : les grandes plateformes dépassant cinq millions d'utilisateurs seront légalement contraintes d'accepter ce portefeuille comme méthode de connexion. Ce projet représente la plus grande extension d'infrastructure d'identité numérique pilotée par l'État dans l'histoire européenne.

2Objectifs officiels

La Commission européenne affiche un objectif clair : offrir à chaque citoyen de l'UE une identité numérique sécurisée, acceptée partout, utilisable dans n'importe quel État membre d'ici 2030. Les institutions font valoir que le portefeuille réduira la dépendance aux géants technologiques américains pour l'authentification en ligne et restituera aux citoyens le contrôle de leurs données personnelles. Le cadre est également présenté comme un levier économique, censé fluidifier l'accès transfrontalier aux services bancaires, aux soins de santé et aux services publics. Les textes officiels insistent sur le caractère volontaire de l'usage et sur le principe de minimisation des données partagées à chaque transaction. Bruxelles positionne enfin eIDAS 2.0 comme un projet de souveraineté numérique, visant à affranchir l'Europe de sa dépendance aux infrastructures numériques étrangères.

3Ce que ça change pour les citoyens

Côté bénéfices, les citoyens disposeraient d'un outil unifié pour accéder à des services publics et privés dans toute l'Union, sans multiplier les comptes et les mots de passe — un gain de commodité réel. Mais le revers est sérieux : le portefeuille concentre dans un seul conteneur numérique délivré par l'État un volume inédit de données sensibles — santé, statut juridique, historique financier — créant un point de défaillance unique redoutable en cas de faille ou de détournement. Des organisations de défense des libertés, dont le réseau EDRi, avertissent que l'usage « volontaire » risque de devenir pratiquement obligatoire à mesure que les services exigeront une authentification par portefeuille. L'obligation d'acceptation imposée aux grandes plateformes pourrait faire du portefeuille la couche d'identité par défaut de l'internet européen, transformant en profondeur les modalités de traçage et de vérification des citoyens en ligne. Ceux qui vivent dans des pays où l'état de droit est plus fragile sont exposés à un risque accru de détournement gouvernemental de cette infrastructure.